Marie, modéliste depuis 10 ans

Marie m’a donné rendez-vous dans l’atelier du jeune créateur pour lequel elle travaille actuellement. La collection doit sortir en Mars et elle n’a pas de temps à perdre Je décide de l’interviewer tout en la laissant travailler pour ne pas retarder sa production. Tout en répondant à mes questions, Marie a l’oeil partout et ne laisse aucun détail au hasard.

(n.p) Salut Marie, peux-tu te présenter en quelques mots?

(m.m) Je m’appelle Marie et j’ai bientôt l’âge du Christ! Je vis entre Barcelone et Paris, où je travaille comme modéliste depuis une dizaine d’années.Comment es-tu devenue modéliste? Gamine, je voulais être styliste parce que j’étais passionnée par la mode. J’habitais à Marseille, en grandissant j’ai voulu venir faire mes études à Paris en école de mode. J’ai découvert le métier de styliste, que je n’ai finalement pas du tout aimé. Mais j’ai découvert en même temps le modélisme, et tout ce qui se rapporte à la technique et au dessin. J’ai tout de suite compris que c’est beaucoup plus important de savoir faire un patronage lorsque l’on veut créer un vêtement. C’est dans cette optique là que j’ai voulu devenir modéliste.

Quelles sont les différentes tâches que tu effectues sur une collection?

On choisit les thèmes de la collection, puis on sélectionne les premiers tissus. Le styliste s’occupe des dessins, moi des patronages. Comprendre le volume du vêtement que le styliste m’a donné, le mettre sur papier, c’est l’étape principale. Le but est de comprendre ses intentions de volume, de tombé et de coupe, avec un simple dessin. Je patronne, je coupe, je le donne à monter au mécanicien modèle. Une fois la pièce montée, on fait des essayages à chaque fois pour vérifier le tombé de la pièce, je prends en compte les demandes de modifications du styliste et fais les retouches. Je peux parfois recommencer une pièce 2 à 3 fois. Ensuite la pièce doit partir en production de pré-série, il faut donc le digitaliser et le grader, pour la décliner en toutes les tailles. Mais le travail est vraiment différent en fonction de mon client, ils n’ont pas les mêmes délais et les mêmes politiques de production, donc ça peut changer du tout au tout.

Qu’est ce que tu aimes le plus dans ton métier?

La technique, les angles droits, les mathématiques dans l’espace, c’est ça que j’adore! J’aime aussi l’idée de concevoir un vêtement, de lui donner vie et de rendre possible les idées d’un créateur.

 

modéliste paris free lance

Avec quelles autres professions travailles-tu?

Un styliste, une mécanicienne modèle (qui couds les prototypes). En tant que modéliste, je suis très polyvalente. Je travaille souvent pour des petites entreprises, où je suis amenée à gérer différents postes. Parfois, je m’occupe des rendez-vous avez les fournisseurs, de la coupe, de l’achat. J’assiste aussi le styliste sur ses choix créatifs, car nous sommes une toute petite équipe. Et lorsqu’il s’agit de vendre notre collection au Who’s Next (salon parisien de vente en gros) par exemple, je me transforme en vendeuse.

Te sens-tu valorisée dans ton travail?

En interne, oui. Mais à l’extérieur pas vraiment. Je pense que nous faisons une grande partie du travail. Nous sommes vraiment essentiel à la chaine de production. Sans nous, le styliste ne peux pas sortir une collection. Nous sommes souvent cachés, mais pourtant, nous sommes indispensables. Etre modéliste, c’est un vrai poste à responsabilités.

On parle souvent de la pression mise sur les épaules des créateurs, mais pas souvent des petites mains, comment vis-tu les périodes plus chargées en travail?

C’est plutôt compliqué. Nous avons aussi énormément de pression car notre travail arrive après celui du styliste. Lorsqu’il y a déjà du retard sur la créa, on est souvent assez short derrière pour patronner.

modéliste free lance paris

Le modélisme, c’est super technique et rigoureux, l’aspect créatif ça ne t’attires pas ? T’arrives t-il d’avoir envie de faire du style?

Oui bien sûr, mais uniquement quand c’est pour moi! En style, tu dois t’adapter aux tendances imposées par la société, et si c’est pas de ton goût, tant pis pour toi. Je n’avais pas envie de dessiner des modèles que je n’aime pas.

Mais ça t’arrives d’apporter ta touche personnelle sur certaines pièces?

Souvent, car beaucoup de stylistes n’ont aucune base de modéliste. Il créent parfois des design impossibles à réaliser, donc je suis obligée d’y repenser avec lui et de réinterpréter son dessin. La communication joue un rôle énorme dans mon travail, si on ne se comprends pas, le vêtement ne verra jamais le jour!

Tu travailles sur Paris depuis 10 ans maintenant. Que penses-tu du milieu de la mode parisienne?

C’est très compliqué, il faut s’accrocher. Pour moi, la mode est un métier « passion ». Ce n’est pas si simple ce trouver du travail dans de bonnes conditions en tant que modéliste. Les salaires ne sont pas terribles, et il faut souvent faire des concessions, comme accepter de gérer plusieurs postes en même temps.

As-tu un conseil à donner à un jeune créateur qui voudrait lancer sa marque?

Oui, d’apprendre ABSOLUMENT le modélisme! C’est tellement important pour designer ses vêtements. Sans modélisme, tu ne peux pas créer une pièce, à moins d’être très riche, et de pouvoir embaucher directement une équipe!

Je quitte Marie en la remerciant d’avoir répondu à mes questions. Je ne veux pas la déranger plus longtemps. La collection n’avance pas aussi vite que prévu, et je vois bien que malgré son grand sourire, le stress est omniprésent!

présentation Ninon

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