L’artiste du jour: Jeanne, illustratrice d’un Paris utopique

Dimanche dernier, j’ai profité d’un après-midi à l’hôtel Pigalle pour passer un peu de temps avec Jeanne. Jeanne est illustratrice et ça fait un bon moment que je suis son travail de très près. J’aime beaucoup le style de ses illustrations et sa démarche artistique. Autour d’un petit goûter, j’en profite pour lui poser quelques questions.

(n.p) Salut Jeanne, parle-moi un peu de toi !

(j.b) Je suis Jeanne, j’ai 25 ans. J’ai eu un BTS Design d’espace à LISAA Nantes en 2015. J’y ai surtout appris les notions de dessin et d’architecture d’intérieur. Ensuite, j’ai poursuivi sur un master génie civile à Saint Nazaire pour me spécialiser dans la technique. J’ai fini en Septembre dernier et depuis, je suis chargée d’opération dans le bâtiment. A côté de ça, je reste vraiment passionnée par le dessin et en plus de mon travail, je continue à faire de l’illustration. Je dessine surtout l’architecture et les paysages urbains.

Quels sont les sujets que tu préfères dessiner ?

Je suis passionnée par beaucoup de choses. Les paysages urbains, mais aussi la botanique ! J’essaie de retranscrire des paysages irréels, et m’inspirant d’une base existante. Je vais aussi ajouter des végétaux, des architectures, et de la décoration en plus.

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C’est quoi tes médiums préférés ?

J’aime bien varier mes supports. Je dessine au crayon graphite, je peins beaucoup à l’aquarelle et depuis peu je teste le numérique en dessinant directement sur l’iPad pro. En revanche, c’est soit l’un soit l’autre, mais entre l’aquarelle et la tablette, je ne peux pas choisir ! Je préfère le numérique pour retranscrire des lumières d’intérieur, ou de façades mais lorsque je dois dessiner des fleurs, je m’éclate beaucoup plus avec la peinture !

Tu t’inspires beaucoup de Paris. C’est volontaire où c’est à défaut de ne pas avoir autre chose sous la main ?

C’est volontaire ! Depuis toute petite, je voue un culte à l’architecture Haussmannienne. Ça m’a un peu porté préjudice dans les autres villes où j’ai habité, à Nantes ou à Angers. J’étais moins inspirée et je n’ai pas dessiné suffisamment ces villes-là. J’ai toujours été attirée par la ville de Paris donc en ce moment, je suis totalement dans mon élément ! C’est vraiment cool d’être venue à Paris !

Il y a des endroits en particulier que tu aimes dessiner à Paris ?

Je n’ai pas vraiment de lieu de prédilection. J’aime surtout me poser à la terrasse des cafés. Je peux y observer les détails d’une façade et les mixer avec un élément d’un autre arrondissement de Paris.

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Tu penses que tu aurais eu la même inspiration dans une autre ville ?
Si je partais ailleurs, je serais forcée de développer d’autres types de dessins. J’aimerais beaucoup accrocher un autre style architectural, comme des vues de New York par exemple. C’est un défi que je veux bien me lancer !

Donc tu ne dessines qu’en observant le réel ?

Il y a toujours une phase d’observation. Mon dessin commence face à la réalité. Si je n’ai pas le temps, je prends des photos et je rentre dessiner à la maison. Mais il faut vraiment que je sois passée sur le site pour comprendre tous les détails de l’architecture.  Mon ressenti face à la découverte du lieu se retrouvera toujours dans mon dessin. J’ai un temps d’observation qui est très long ! Je suis astigmate et c’est un problème pour comprendre certains détails. Il m’arrive très souvent de me tromper, de dessiner 6 fenêtres au lieu de 5 par exemple ! La phase de compréhension de l’image est assez intense. C’est pour ça que je prends aussi des photos, pour pouvoir continuer à analyser la scène.

Parle-moi de ta démarche artistique.

Quand je marche dans la rue, je suis vraiment tête en l’air. Je regarde toujours vers les bâtiments pour trouver de l’inspiration. Si je vois quelque chose qui me plaît, je me promets de revenir sur le lieu pour faire un dessin. Je trouve donc la plupart de ces lieux par hasard. Mais il y a aussi certains éléments que j’ai dessinés plusieurs fois, comme le Sacré Coeur. J’adore tellement son architecture que je la connais par coeur, et je n’ai plus besoin de modèle pour le dessiner ! Ce que j’aime aussi, c’est apprendre à dessiner plusieurs fois le même bâtiment pour voir comment je l’analyse et le retranscris au fil du temps.

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Comment as-tu développé tes compétences en dessin ?

J’ai commencé par les Beaux-Arts il y a très longtemps. Notre prof nous avait donné un conseil : n’utilisez jamais la gomme, jamais la règle. En architecture, c’est un peu compliqué car on a tendance à vouloir faire des choses très droites, mais j’ai toujours essayé de me souvenir de la consigne de cette prof. En n’utilisant pas ces outils, j’observe mes erreurs et j’apprends à les retravailler. Mes dessins ne sont jamais rectilignes, et j’ai beaucoup plus peur de la perfection que des erreurs !

Pour qui tu dessines ?

Mon but premier c’est de dessiner pour moi. Mais partager mes dessins me fait toujours plaisir. Je dis souvent que ma plus belle galerie est chez ma mère, j’y ai tapissé tous les murs ! Mais en effet j’aimerais partager davantage mon travail. Pour l’instant, je vends certaines pièces par le bouche à oreilles. Les amis, les amis d’amis… Mais cette année, je prétends à lancer un petit e-shop pour vendre tout ça. En revanche, je ne tiens pas à ce que ça devienne mon métier. J’aime beaucoup trop la technique et être sur le terrain. Mais on ne sait jamais de quoi la vie est faite ! Un jour, cette passion prendra peut-être le dessus sur mes envies d’aujourd’hui !

Comment tu qualifies tes dessins ? 

Même si je réfléchis à mes compositions, je les trouve toujours très spontanées. Je n’efface jamais donc c’est aussi assez dynamique. Et puis irréel et utopique sûrement ! J’aime transmettre la sensation que mes dessins sortent de l’imaginaire.

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On entend souvent dire « Moi je ne sais pas dessiner ». Penses-tu que le dessin est un talent inné ou un savoir-faire que l’on peut apprendre ?
Je suis convaincue que l’on peut apprendre en partant de zéro. Avec un peu de persévérance et de temps, il y aura forcément une progression. Quand j’ai découvert le dessin sur iPad, c’était du n’importe quoi. Je pensais que je n’allais jamais y arriver. Et puis finalement, je suis arrivée à un rendu très proche de mes attentes.

Mais tu as quand même eu besoin de passer par le dessin académique pour pouvoir ensuite t’en libérer ?

J’ai eu la chance d’avoir un super enseignement dans mes écoles. On a beaucoup travaillé sur la perspective pour connaître toutes les bases. C’est pour ça qu’aujourd’hui, même si je qualifie mes dessins de spontanés, il y a toujours un travail de projection et de point de vue qui est très réfléchi. C’est rarement du hasard !

Pourquoi tu ne dessines pas les visages ?

J’avoue que c’est par simplicité ! A la base, je ne dessinais pas du tout de personnages mais depuis quelques mois, j’expérimente davantage de nouvelles techniques. Je veux apporter plus de vie à mes dessins et j’aime beaucoup représenter les femmes. Elles sont toutes différentes, par leurs origines, leur style, les couleurs qu’elles portent. Et c’est un détail nouveau que j’aime bien sur mes dessins !

jeanne illustration

C’est génial parce que ton travail est toujours en évolution, et que tu ne te cantonnes pas aux choses que tu sais déjà faire !

J’essaie toujours de me remettre en question !

Tu es inspirée par des artistes en particulier ?

J’aime beaucoup la façon dont Miró travaille les couleurs ou comment Picasso réalise ses oeuvres. Il a transformé son travail en un poème incroyable. Il connaît parfaitement le dessin académique mais a vraiment réussi à développer sa propre patte. Je suis aussi fascinée par l’univers des impressionnistes et notamment des Nabis, le mouvement qui en est dérivé. L’idée de se séparer d’une forme de réalisme et de mettre en avant les émotions de l’instant présent m’inspire au quotidien. Des formes répétées, des couleurs plus vives, et des épaisseurs de traits variées, ça dynamise un univers. Aussi, les techniques utilisées par Henri Toulouse-Lautrec et Egon Schiele reprennent parfaitement l’idée de dynamiser une image par la force d’un trait.

Tu as des projets à venir ?

Dans un mois, je présente un expo à côté de Nantes. Je suis en train de travailler sur une grande toile de 3x2m, que je viens tout juste de commencer. Je pense peindre à l’acrylique, mais ça va être total impro ! Je vais exposer mes originaux qui seront à vendre sur place, et il y aura aussi des petites séries numérotées.

Et donc qu’est ce que je peux te souhaiter pour la suite ?

Etre moins introvertie et mettre davantage en avant mes oeuvres !

Ça tombe bien, c’est un peu ce qu’on a fait avec cette petite interview ! Si vous avez aimé les illustrations de Jeanne, je vous invite à aller admirer son travail sur son Instagram. Elle y poste régulièrement de jolis dessins et mérite vraiment qu’on aille y faire un tour !

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