Youn Bergam, de la couture au prêt-à-porter

Youn Bergam m’accueille dans son atelier, en plein coeur de Paris. J’arrive en plein milieu d’un fitting et j’essaie de me faire toute petite, le temps que l’équipe finisse les modifications des modèles. La prochaine collection de Youn défilera le 24 Avril à la Fashion Night Couture 2019 au Salon des Miroirs. Si le créateur est plutôt en avance sur la collection, je sens quand même une grande appréhension lorsque le mannequin essaie une nouvelle pièce. 

Salut Youn, qui es-tu ?

Je m’appelle Youn Bergam et j’ai 25 ans. Je suis créateur de mode depuis quelques années déjà. Au départ, j’ai commencé sur du haut de gamme avec des robes de mariées. Sur mes premiers défilés de mode, je présentais surtout des pièces de costumes et de cabaret. Ensuite, je me suis orienté davantage sur le prêt-à-porter haut de gamme.

Comment la mode est devenu ton métier ?

Ma tante était couturière et je m’intéressais beaucoup à son travail. Je me considère comme un autodidacte. J’ai commencé à créer des vêtements à l’âge de 17 ans et à l’époque, je voulais déjà en faire mon métier. J’ai tout de suite voulu présenter mes modèles sur des défilés, car ça me permettait vraiment de m’exprimer.

D’où t’es venu l’idée de créer ta marque ?  Tu n’as pas eu envie d’apprendre davantage auprès des spécialistes avant de te lancer ?

Pour la petite anecdote, quand j’avais 17 ans je sortais beaucoup. Je voulais absolument me faire une place dans le milieu de la mode et le monde de la nuit. J’étais mineur et c’était un peu compliqué d’entrer dans les clubs. Le seul moyen pour moi d’y parvenir était de me costumer, avec des chapeaux, des robes, des talons. Comme ça, j’étais sûr de ne pas me faire jeter ! A l’âge de 18 ans, une amie m’a fait remarquer le nombre de vêtements que je possédais et m’a dit « Mais tu pourrais en faire un défilé de mode ! ». C’est comme ça que l’idée m’est venue de créer mes propres vêtements.

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Tu n’as donc pas fait d’école de mode ?

Si ! Ma première expérience était une école de corsetier, pas vraiment transcendante, mais j’y ai appris toutes les bases, notamment dans le corsage. J’ai ensuite fait un stage en temps que plumassier où j’ai été initié aux rudiments des plumes, ce qui était encore plus complexe ! Après, j’ai voulu me diriger vers un domaine un peu plus rentable, où je pouvais vraiment gagner ma vie. Le prêt-à-porter, donc. J’ai continué sur Esmod. C’est une école assez intéressante, qui m’a surtout permis de restructurer mes idées.

Pourquoi t’être finalement spécialisé dans le prêt-à-porter après avoir travaillé sur des collections plus couture ?

Pour être honnête, c’est surtout par rapport à la conjoncture d’aujourd’hui. Beaucoup plus de personnes ont les moyens de s’acheter une pièce à 100€ qu’une robe à 3000€. J’avais envie de bâtir quelque chose d’encore plus fort, et de toucher un public plus large.

On retrouve toujours cet ADN couture sur tes pièces, comment tu expliques ça ?

Oui, je n’oublie pas mes premières amours ! J’avoue ressentir une sorte de frustration de ne pas pouvoir créer des modèles « haute-couture », alors je viens puiser quelques éléments de ce vestiaire pour les appliquer à une ligne plus prêt-à-porter.

Tu te sens bridé dans ta création ?

Je suis quelqu’un d’assez conceptuel. J’ai créé une robe en fleurs qui ne pouvait être portée que quelques heures avant de commencer à faner. Mais oui, je me suis senti davantage brimé quand j’ai commencé le prêt-à-porter. Je me suis heurté à une grande difficulté, les choses les plus simples sont souvent les plus difficiles. Faire un t-shirt basique m’a tout de suite paru plus compliqué que d’imaginer un corset en plumes, car ce n’était pas ma spécialité initiale ! On dit souvent que les hommes n’aiment pas les fioritures. Si je dessine un vêtement et qu’une ligne n’est pas droite, on la voit directement. Alors que si je dessine sur des courbes et qu’une ligne est droite, on aura beaucoup plus de mal à la voir. C’est cet équilibre là qui est difficile à atteindre en prêt-à-porter, tout doit être parfait.

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Où puises-tu tes principales inspirations ?

C’est une question très compliquée à laquelle je déteste répondre, mais je vais essayer de le faire simplement. Je n’aime pas les inspirations « premier degré ». Après Esmod, il a fallu que je me reformate un peu. Je me suis posé pendant deux ans et j’avais besoin de savoir qui j’étais. Aujourd’hui, je peux définir mon style en étant basé sur la nature, son aspect organique, ses couleurs, ses équilibres. L’eau, la terre, le vieillissement, la rouille, ce sont des éléments qu’on retrouve souvent sur mes gammes de couleur. Il y a aussi une certaine empreinte baroque sur mes créations. Et pour finir avec une belle contradiction, je m’inspire souvent du futurisme ! Mon style est une contradiction de plein d’éléments, j’aime être en opposition constante avec ma première idée. Si je pars sur un look très casual, je vais forcément introduire un élément contradictoire, qui créera un ADN intéressant. Je pense que c’est dans l’adversité que l’on crée les plus belles choses.

Aujourd’hui, où vends-tu tes pièces ?

J’ai la chance d’avoir gardé une partie de ma clientèle lorsque je travaillais sur mes collections haut de gamme. Pour l’instant, je privilégie donc les petites séries, grâce au bouche à oreille. Mais je suis aussi entrain de mettre en place un e-shop.

Quelles ont été les étapes les plus difficiles dans le lancement de ta marque ?

Ce qui est compliqué, c’est de réussir à se scinder en deux : être à la fois créateur et gestionnaire d’entreprise. Au début, je me fichais de savoir à qui j’allais vendre mes vêtements, à quel prix, je voulais simplement créer des collections ! Au bout d’un moment, je me suis rendu compte qu’il était temps de commencer à créer des choses qui fonctionnent et non uniquement des choses pour moi.

Comment tu vois l’avenir pour ta marque ?
J’ai déjà beaucoup à faire avec le prochain défilé et le lancement du e-shop. Mais quand je pense à long terme, j’aimerais vraiment développer une partie home. Je suis passionné par la décoration et j’aimerais vraiment lancer une gamme d’éléments décoratifs.

jeune créateur paris

Que penses-tu de la mode parisienne ?
Pour faire simple, il y a beaucoup d’appelés et très peu d’élus ! Sur Paris, il y a énormément de bruit, et c’est difficile pour un jeune créateur de se faire entendre. Paris reste la ville de la mode, donc je pense que c’est un atout d’être directement sur place.

Si tu pouvais donner un conseil à un jeune créateur qui voudrait lancer sa marque, lequel serait-il ?

Canaliser ses idées ! Se restructurer sur l’essentiel. Pour ma part, je suis parti sur des pièces basiques, 3 ou 4 looks, pour voir d’abord comment ça fonctionne. Cependant, flâner c’est aussi très important. Il faut prendre le temps de dessiner, et de laisser venir les idées. Encore une fois, tout est une question d’équilibre. Si je peux donner un autre conseil, ce serait de ne jamais baisser les bras !

Je laisse Youn à ses essayages. Les premières pièces pour le show commencent à voir le jour, et je ne veux pas me spoiler à l’avance. Je lui donne donc rendez-vous le 24 avril prochain pour la découverte de sa première collection prêt-à-porter.

présentation Ninon

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