Maison Julien Vermeulen, artisan plumassier

Parmi les métiers d’art en relation avec la mode, la plumasserie est sûrement l’un des savoirs-faire les plus fascinants. Ce week-end, j’ai profité des Journées Européennes des Métiers d’Art pour découvrir le travail de Julien Vermeulen, jeune plumassier qui a créé sa maison éponyme à la fin de ses études. Dans son bel atelier du Viaduc des Arts, Julien prend le temps de répondre à mes nombreuses questions et de m’éclairer sur l’art de la plume.

(n.p) Salut Julien, peux-tu te présenter ?

(j.v) Je m’appelle Julien Vermeulen, je suis plumassier. J’ai ouvert mon atelier il y a 5 ans. Nous y travaillons les plumes pour la mode, le design et la décoration. J’ai commencé par un BTS Design de Mode, puis une Licence d’Arts Plastiques et Sciences des Arts, et enfin un CAP plumasserie à Octave Feuillet (qui est d’ailleurs le dernier lycée en France où il est possible de passer un diplôme technique de plumassier).

La plume s’est donc rapidement imposée comme une vocation ?
Avant, je m’étais orienté vers la chaussure. Je n’ai commencé la plumasserie qu’à l’âge de 22 ans. C’est chez Jean-Paul Gaultier, en tant qu’assistant styliste accessoire que j’ai découvert l’art de la plume : la matière, les couleurs, les textures… ça a tout de suite été une révélation ! Je me suis dit : « c’est ça que je veux faire ». J’ai donc fait mon CAP en alternance chez Lemarié pour pouvoir me former.

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Qu’est ce que tu aimes le plus dans ton métier ?

La plume est un matériau vraiment riche : il est possible de créer toutes les couleurs et les textures et de travailler sur n’importe quel support. C’est tellement large ! À chaque nouveau projet, on repart à zéro et c’est une éternelle remise en question.

C’est aussi l’aspect délicat qui t’intéresse ?

On a toujours l’impression que la plume est un objet délicat et fragile, mais absolument pas ! Chez l’oiseau, la plume est utilisée pour le vol et elle protège des intempéries. Elle est donc naturellement assez solide.

Quelles sont les techniques que tu utilises pour mettre en scène tes plumes ?

On travaille par collage car c’est la technique traditionnelle, mais on peut également coudre ou broder. Pour l’instant, on travaille uniquement la plume. On mixe encore peu les techniques.

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Et avec quels types de plumes tu travailles ?

On utilise uniquement les plumes d’oiseaux issus de l’industrie de la viande. Tous les oiseaux rares, exotiques et en danger, c’est strictement interdit. Nous, on suit à la règle la réglementation. On se sert donc de plumes de poules, d’oies, de canards, de dindes et d’autruches. On passe souvent par la teinture, car la plume est constituée de kératine, tout comme les cheveux et les ongles. C’est une matière qui se travaille assez facilement et qui est très malléable. En mélangeant des techniques de coupe, de teinture et de broderie, il est possible d’obtenir tout ce que l’on veut.

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Comment t’es venue l’envie de créer ton propre studio ?

C’était juste après mon apprentissage. Je n’avais pas forcément envie de continuer en tant que salarié donc je me suis mis à mon compte. Honnêtement, je n’ai pas eu de réelles difficultés, ça a été assez facile. Nous sommes très très peu dans ce métier. Je compare souvent la plume à la peinture : chacun a son vocabulaire et une manière différente de traiter le sujet donc finalement, il y a de la place pour tout le monde.

Comment travailles-tu aujourd’hui ?

Nous sommes trois à travailler à temps plein à l’atelier et en fonction des projets, on peut être jusqu’à 15 personnes. On travaille principalement sur commande pour des maisons de couture et de prêt-à-porter et de plus en plus pour des hôtels, pour lesquels on réalise des panneaux décoratifs. Quand j’arrive à trouver un peu de temps, je fais aussi des sculptures et des tableaux.

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Tu peux me parler de ta démarche de création ?

La plumasserie est un métier un peu confidentiel. Mes clients n’ont souvent pas idée de toutes les possibilités qu’offre ce matériau. Souvent, les maisons de couture me donnent un brief, une envie, ou alors nous partons d’archives. On a ensuite tout un travail de prototypage et de recherche pour essayer de coller au mieux à l’univers du client. On propose des échantillons de matières, de couleurs, de textures, et puis on développe. Lorsque l’on travaille pour la Haute Couture et que le modèle est validé, on fixe toute les plumes sur les pans de tissus et la marque se charge ensuite du montage des pièces.

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Tu penses que la plumasserie est un savoir-faire qui se perd ?

Non, je pense qu’il est sauvé maintenant ! Quand j’ai commencé il y a six ans, il venait de s’écouler une trentaine d’années sans réelle création ou reprise d’ateliers, en dehors de Lemarié ou de Maison Février. La formation à Octave Feuillet n’accueille que 5 élèves par promo, et c’est souvent des personnes très très jeunes. Quand tu sors d’un CAP à 16 ans, tu n’es pas vraiment dans l’optique de création d’entreprise.

Mais depuis deux ans, je reçois de plus en plus de demandes de stage et d’apprentissage. Même les écoles de mode, qui n’ont jamais été très intéressées par ce domaine, sont davantage dans la demande aujourd’hui. La broderie, la fleur artificielle, la plume, la fourrure, les peaux, ce sont des spécialités que l’on n’apprend pas en école de mode. Maintenant, les écoles comprennent que l’artisanat est un palliatif à la standardisation du luxe. Cette recherche du beau et de l’excellence intéresse de plus en plus.

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Toguna, Palais de Tokyo, 2017 / Bado Senshi, 2015

Peux-tu me parler de la sculpture dans la vitrine ?

Bado Senshi un projet personnel. C’est une sculpture que j’ai faite lors de ma première année ici. C’était un défi qui je me suis lancé. Après un an chez Lemarié à travailler à plat sur de la Haute-Couture uniquement, j’ai eu envie de travailler en volume et confronter volume et matière. J’ai donc créé cette armure. Pour le casque, je me suis amusé à recourber et déformer toutes les plumes pour épouser la forme de la tête, c’était la partie la plus sympa à réaliser !

Quelle est ta plus belle réalisation aujourd’hui ?

Ma plus belle pièce est confidentielle ! Mais la plus intéressante est sûrement Toguna, une réalisation pour le Palais de Tokyo il y a deux ans. Avec mon équipe, on recouvert un mur de 20m2. On a du travailler sur place, car c’était une oeuvre in situ. 1200 plumes, retaillées une par une, c’était un délire complet !

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C’est génial, tu travailles toujours sur des supports vraiment différents !

Dans la mode, on a pas vraiment le droit de se répéter. De fait, chaque nouveau projet est un challenge. Les idées sont toujours de plus en plus folles, et je ne risque pas de m’en lasser. Peux-être qu’un jour j’intègrerais d’autres éléments à mon travail mais pour l’instant, je suis loin d’avoir exploré toutes les possibilités de la plume !

Je remercie Julien de m’avoir accueillie dans son atelier et d’avoir bien voulu partager ce si beau savoir-faire. J’en profite pour photographier tous les prototypes exposés. Les murs sont remplis de petits échantillons. A vrai dire, je ne sais plus où donner de la tête car les créations sont toutes plus belles les unes que les autres ! 

Plus de jolies plumes sur l’instagram de Maison Julien Vermeulen

présentation Ninon

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