Margaux Kuntz, de photographe par passion à photographe de métier

Cette semaine, j’ai rendu visite à Margaux, une de mes amies de longue date. Depuis que je la connais, elle a toujours été passionnée de photographie mais quand elle a décidé de poursuivre ses rêves en faisant une école de photo, cette passion a pris une nouvelle ampleur dans sa vie. J’ai toujours aimé l’atmosphère à la fois douce et intense de ses photos. Dernièrement, elle semble réellement s’épanouir personnellement et professionnellement. Aujourd’hui, je l’ai interviewée pour qu’elle puisse nous faire part de son parcours et de son état d’esprit. Je la rejoins donc sur sa terrasse pour un thé, autrefois la cour d’une ancienne école primaire et sur laquelle on sent encore aujourd’hui le passage de centaines d’écoliers.

Hello Margaux, est-ce que tu peux te présenter ?

Je m’appelle Margaux et j’ai 24 ans. J’ai d’abord fait une année de médecine et une année de sage-femme, plus par pression familiale que par envie. Je n’osais pas entrer dans une école de photo, ce qui a pourtant toujours été mon rêve depuis que je suis petite car ma famille désapprouvait. Pourtant, après ces deux années qui n’ont rien donné, j’ai fini par entrer en école de photo à Liège, et ça a été un déclic! Me retrouver avec des personnes qui avaient la même passion que moi a été un réel épanouissement. Diplômée depuis juin 2018, j’effectue une année de photo journalisme et une licence de socio en parallèle.

Comment t’es-tu intéressée à la photo ?

Ma mère s’exerçait un peu à la photographie, j’ai toujours été dans le milieu de l’image: il y avait plein de photos sur les murs et beaucoup d’albums à la maison, ça m’a toujours intriguée.

Après le décès de mon père quand j’avais 10 ans, j’ai commencé à faire de la photo avec des appareils jetables et j’ai découvert l’importance de sauvegarder les moments qui passent. C’est par la suite devenu un besoin quotidien.

Qu’est-ce que tu aimes particulièrement dans la photo et que signifie t-elle pour toi ?

Pour moi, la photographie est un moyen d’expression comme d’autres personnes considèrent l’écriture, la peinture ou encore la musique comme tel. Elle me permet d’exprimer mes émotions et de dénoncer des choses. Aujourd’hui, on est dans un monde noyé d’images, et elles n’ont pas forcément toutes de l’impact. Pour moi, la photo c’est retrouver cet impact : rendre visible, transmettre ou susciter des émotions avec sa propre perception sur des choses du quotidien.

Qu’est ce que tu aimes particulièrement photographier et pourquoi ?

Pendant très longtemps, je faisais quasiment que des portraits en noir et blanc. Les paysages ou les bâtiments ne m’inspiraient pas. Maintenant, je ne me pose plus vraiment de question et je ne me donne pas de limite: dès que quelque chose me plaît ou m’intrigue, je le prends en photo. J’aime tous les types de photo désormais, mais j’ai des périodes!

En ce moment, je me consacre particulièrement au reportage documentaire : je suis une personne dans son quotidien et son intimité. C’est à la fois du portrait et des scènes de maison, puisque je prends en photo les pièces où habite la personne.

Margaux est passée par un intérêt quasiment exclusif pour les portraits. Désormais, elle s’intéresse à tout, notamment le sciels.

Parle-nous de ton dernier travail.

J’ai été accompagnatrice bénévole d’une petite fille en difficulté d’intégration sociale pendant un an. Shelby est une petite fille qui a eu beaucoup de mal à trouver sa place au sein de sa propre famille et à l’école, notamment à cause de ses difficulté de compréhension.

J’ai décidé de suivre son quotidien et celui de sa famille en image. Cet accompagnement a été un vrai partage des deux côtés: elle m’a autant transmis que ce que je lui ai transmis et l’appareil photo a permis de créer du lien entre sa famille et moi. Au quotidien, je n’y allais pas avec des idées de photos préconçues, j’en prenais quand je me sentais inspirée sur le moment et que la situation s’y prêtait.

J’ai surtout pris des portraits d’elle et de ses frères et soeurs ainsi que des scènes de son salon et sa cuisine avec les nombreux animaux qui y habitent. J’ai choisi de faire ce travail en noir et blanc. Le but était de lui donner un côté intemporel et de montrer qu’il y a encore beaucoup d’enfants en situation de précarité, mais que cela ne les empêche pas pour autant d’être heureux et aimés là où ils vivent.

Quelle est la meilleure expérience/la meilleure rencontre que tu aies vécue lors de ta démarche photographique ?

Le suivi d’une infirmière à domicile : arriver chez les patients, découvrir à chaque fois une maison différente avec un passé différent, rencontrer des patients avec des histoires de vie opposées et en même temps tous très chaleureux, a été très enrichissant.

Je me suis rendue compte que la visite quotidienne de l’infirmière pour ces patients est un moment important de la journée car ils sont souvent isolés. Cela a été très marquant pour moi et il y en a encore aujourd’hui à qui je rends visite.

Une dame que j’ai photographiée pour ce travail m’a particulièrement marquée. Il s’agit de Denise, une patiente âgée de 99 ans. La prendre en photo et exposer son portrait dans un livre ainsi que lors d’une exposition lui a donné un regain d’énergie: elle m’a confié que cela lui a permis de se sentir à nouveau exister à part entière. Elle est malheureusement décédée récemment. Durant son enterrement, les proches ont utilisé des photos que j’avais prises d’elle. Cela m’a beaucoup touchée car cela m’a montré que mon travail a apporté quelque chose à cette dame et son entourage.

Avec quel photographe aimerais-tu le plus collaborer et pourquoi ?

J’aimerais beaucoup travailler avec Raymond Depardon: c’est quelqu’un qui a mis en lumière beaucoup de sujets tabous, à la fois dans le film et dans la photo. Par exemple, il a pris en photo le quotidien des patients d’un hôpital psychiatrique dans les années 1980 en Italie. Il a montré que la folie faisait peur et que l’on mettait les patients à l’écart.

Dans sa façon de considérer la photo, il dit que le photographe est toujours voyeur. En effet, en tant que photographe, on assiste souvent à des scènes intimes et personnelles du quotidien des personnes que l’on photographie. Lui, a réussi à se faire oublier et à respecter cette distance tout en étant proche. C’est ce paradoxe qui m’intéresse beaucoup chez lui.

Que t’a apporté l’école de photo ?

Je n’ai pas fait une école de photo pour devenir photographe, car selon moi, on doit d’abord être photographe dans son coeur et ce n’est pas quelque chose qui peut s’apprendre. Cette école m’a servi à apprendre beaucoup de choses techniquement, mais le plus important pour moi a été de travailler en collaboration avec les autres. Chaque professeur a une approche différente car avant d’être prof, ils sont avant tout photographes. Ces échanges de conseils, de pratiques et d’expérience ont nourri mon esprit et ma pratique photographique.

Quelles sont pour toi les qualités les plus importantes pour être photographe ?

Acuellement, tout le monde peut se dire photographe car les révolutions technologiques permettent d’avoir accès à l’image facilement. Cependant, les qualités essentielles d’un photographe sont selon moi la curiosité, être observateur et réussir à transmettre des émotions dans ses images.

Qu’est-ce que tu penses de la valorisation du métier de photographe aujourd’hui ?

Le métier de photographe a longtemps été dévalorisé auparavant. Cependant, il y a actuellement un vrai retour à la photo professionnelle. Avec la révolution numérique et les réseaux sociaux, les gens font beaucoup de photos mais le savoir-faire des photographes est remis en avant. En effet, les gens se tournent de nouveau vers des pros pour mettre en avant leur activité commerciale ou personnelle. Bien sûr, tout cela dépend des rencontres qu’on fait et des sujets qu’on traite.

Un extrait du travail de Margaux

Qu’envisages-tu pour ton avenir dans la photo ? Quels sont tes projets à venir ?

Je ne sais pas ce que me réserve l’avenir mais j’ai choisi de continuer mes études de sociologie en parallèle de mes commandes photo, car elles me permettent d’appréhender la société avec des perceptions différentes qui nourrissent mon travail photographique. Je m’oriente plutôt vers du photo-reportage, mais je ne laisserai pas tomber tout ce que j’aime dans la photographie en général: les travaux artistiques et abstraits. Le photo-reportage est assez codé: c’est pas forcément l’esthétique de l’image qui prime mais le sujet, et j’ai envie de mélanger et continuer à exercer les deux.

Après cette interview et après avoir fini mon thé, je laisse Margaux retourner à son travail. Une grosse journée l’attend le lendemain, car elle doit suivre un sujet bien particulier pour en faire un portrait (plus de révélations à venir!) et elle a une exposition à préparer prochainement. Si vous avez aimé son interview, vous pouvez en découvrir plus sur son travail sur son compte instagram ou sur son site internet.

 

 

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